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- C’est une nouvelle attaque contre la liberté de la presse en Égypte. Fin septembre, en moins de 24 heures, les six journalistes d’une même rédaction ont été arrêtés par la police et placés sous les verrous. En claquant des doigts, c’est un site d’investigation en ligne, Matsda2sh (« Ne sois pas dupe », en français), qui est réduit au silence par les autorités du pays, à la 169e place sur 180 au dernier classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse dans le monde. Accusés de terrorisme, d’appartenance à la confrérie des Frères musulmans ou de propagation de fausses informations, en Égypte tout est bon pour faire taire les journalistes indépendants qui s’éloignent du narratif imposé par le pouvoir. Ce vaste coup de filet a fait l’effet d’un choc dans la profession qui tente de se mobiliser malgré une marge de manœuvre extrêmement réduite.
De notre correspondant au Caire,
D’ordinaire grouillant de vie et d’agitation, ce soir-là, le siège du Syndicat des journalistes égyptiens semble comme frappé de stupeur. « Nous avons été horrifiés par ce qui est arrivé à ces six journalistes. » Journaliste indépendante, Hadeer El Mahdawy est à l’initiative de cette soirée de solidarité, organisée mi-octobre en soutien à la rédaction de Matsda2sh, récemment réduite au silence.
« Ils sont détenus en raison de leur profession, parce qu’ils sont journalistes. Ce ne sont pas des terroristes. Ils ne diffusent pas de fausses informations. Ils vérifient les faits. Ils font simplement leur travail, et c’est pour cela qu’ils sont en prison. Et chacun d’entre nous pourrait se retrouver à leur place », explique Hadeer El-Mahdawy.
Des dessins pour la liberté
Dans le hall du Syndicat des journalistes, on voit des gens qui dessinent pour la liberté. Une exposition de photos. Une exposition aussi de dessins de presse. Et sur un bureau des cartes, avec des noms écrits : « Une partie de la soirée est consacrée à l’écriture de lettres à nos camarades emprisonnés. Nous les remettrons ensuite à leurs familles ou à leurs avocats, car nous voulons leur faire savoir que nous ne les avons pas oubliés et que nous continuons à faire campagne pour obtenir leur libération », répond Hadeer El-Mahdawy.
Au total, 26 enveloppes comme autant de journalistes actuellement derrière les barreaux en Égypte.
À écouter aussiEn Égypte, une rédaction entière réduite au silence
Mada Masr, sous la menace des procès
« Nous sommes à Mada. Ça, c’est notre salle de rédaction. Là où les journalistes viennent travailler chaque jour. Nous sommes dans ces bureaux depuis quelques mois. » Située en plein centre du Caire, la rédaction de Mada Masr, média en ligne indépendant fondé et dirigé par Lina Attalah, exerce depuis 2013… sans licence officielle.
« C'est une chose que le gouvernement ne nous a pas accordée jusqu'à maintenant », continue Lina Attalah. Conséquence : le site est bloqué dans le pays, comme des centaines d’autres, et les journalistes régulièrement mis sous pression. Comme ce fut le cas en 2019 lorsque la police a fait une descente dans la rédaction. Depuis… : « C’est des procès, tout le temps. Des procès judiciaires. J’ai quatre ou cinq procès judiciaires contre moi. »
Pour Lina Attalah, avec l’arrestation d’une rédaction toute entière, le message envoyé aux journalistes indépendants est clair… « Méfiez-vous ! Ça peut vous arriver à vous aussi. »
Comme une prémonition…
Quelques jours seulement après cette rencontre, Lina Attalah a été convoquée puis condamnée pour exploitation d’un site d’information sans licence. Le tribunal a aussi ordonné la fermeture de Mada Masr. Jamais l’avenir de ce bastion du journalisme indépendant en Égypte n’avait été à ce point menacé…
À écouter aussiÀ la Une : la liberté de la presse de plus en plus bafouée en Afrique Pour les 70 ans de la révolution de 1956 en Hongrie, le pouvoir publie des archives secrètes
03.11.2026En Hongrie, les archives de la police secrète vont être publiées sur Internet. C’était une promesse du premier ministre Péter Magyar avant son élection : faire la lumière sur le passé et le rendre accessible à tous les citoyens. Il a choisi un moment symbolique, celui du 70ᵉ anniversaire de la révolution de 1956 qui vit les Hongrois se rebeller contre l’occupant soviétique. Ce 4 novembre, une première liste de noms d’agents et d’informateurs de l’ancienne police secrète est mise en ligne. 37 ans après la chute du communisme, les Hongrois sont partagés entre indifférence et appréhension.
Un reportage de notre correspondante à Budapest à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe.
À lire aussiEn Hongrie, la rupture à marche forcée de Péter Magyar inquiète les défenseurs de l’État de droit- Les États-Unis votent aujourd'hui pour les élections de mi-mandat. Des élections décisives pour la suite du mandat de Donald Trump. Parmi les États qui pourraient contribuer à faire basculer la majorité au Congrès : l'Ohio. C'est ici, dans la petite ville de Medina, que RFI a choisi de s'installer pour suivre les derniers jours de la campagne jusqu'au scrutin de ce mardi. Ici, comme partout dans le pays, le coût de la vie arrive en tête des préoccupations des électeurs. Et notamment le prix du bœuf. Un reportage de nos envoyés spéciaux Justine Fontaine et François-Damien Bourgery.
Kelton Keller, 35 ans et une carrure de footballeur américain, vient d'une famille d'éleveurs depuis cinq générations. Il possède 120 hectares de terre au nord de Medina et 180 bêtes, dont certaines ce matin prennent leur bain.
« On a quelques taureaux là-bas qu’on a achetés pour la reproduction. On est assez autonomes. On cultive nos propres céréales, on produit tout notre foin, et puis on s’occupe de la transformation. La seule chose qu’on ne fait pas, c’est l’abattage », explique-t-il.
Mais depuis un an, Kelton Keller voit ses coûts de production exploser. « C'est dingue. Sans avoir d'autres emplois, on n'y arriverait pas. C'est devenu pratiquement impossible de se consacrer à l'agriculture à plein temps aux États-Unis. En gros, on est tout le temps endetté. On n'arrive jamais à s'en sortir », dénonce-t-il.
En cause, le prix des engrais qu'il utilise pour ses céréales et ses pâturages : 680 dollars la tonne. Et il s'attend à ce que ça grimpe encore. Il y a le carburant aussi : 1 dollar 50 le litre de diesel agricole. Des prix qui ont flambé avec le déclenchement du conflit au Moyen-Orient en février dernier. Et auquel s'ajoute un cheptel bovin états-unien au plus bas depuis les années 1950. Résultat : « Ce sont les prix les plus élevés que j'aie jamais vus. Et les gens pensent qu'on s'en met plein les poches, mais nos marges n'ont pas changé. Tout a simplement augmenté : le coût des engrais, puis celui des produits finis ; tout a augmenté dans les mêmes proportions », pointe Kelton Keller.
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« Dans ce pays, on mange beaucoup de bœuf. Ou plutôt on en mangeait »
À vingt minutes de là, c'est l'heure de pointe au supermarché. Anderson, la trentaine, est l'un des rares à sortir avec un chariot rempli. « J'ai acheté de quoi dîner. Des steaks, des brocolis, des pommes de terre. Les steaks, je les ai eus à bon prix aujourd'hui. Mais je les ai achetés seulement parce qu'ils étaient en réduction. »
Face à la crise et comme les élections approchaient, Donald Trump a multiplié les mesures au mois d'août pour augmenter les importations et faire baisser les prix.
Mais pour celles et ceux qui peinent à joindre les deux bouts, la viande de bœuf reste un luxe auquel il faut renoncer. À l'image de Cheryl, une retraitée rencontrée dans une banque alimentaire. « Avant, c'était le bœuf haché qui était le moins cher. Du coup, on en mangeait tout le temps. Dans ce pays, on mange beaucoup de bœuf. Ou plutôt on en mangeait, regrette-t-elle. Mais l'inflation a vraiment mis un frein à ça et on n'a tout simplement plus les moyens. »
Cheryl espère qu'une victoire démocrate ce mardi fera changer les choses. Une position minoritaire dans un comté qui devrait encore largement voter républicain cette fois-ci.
À lire aussiÉtats-Unis : la viande de bœuf s’arrache à prix d’or Midterms 2026: la candidature du démocrate Abdul El Sayed divise la communauté juive du Michigan
02.11.2026J-1 avant les élections de mi-mandat aux États-Unis. L’opposition démocrate au président Donald Trump espère reprendre le contrôle de la Chambre des représentants – c’est presque toujours le cas lors de midterms – mais aussi peut-être du Sénat. La course s’annonce particulièrement disputée dans le Michigan, où le jeune démocrate Abdul El Sayed espère devenir le premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis. Mais l’importante communauté juive de cet État du Midwest est divisée à son sujet.
De notre envoyée spéciale aux États-Unis,
Ce samedi, dernier week-end avant le scrutin, Barbara Weinburg Barefield fait campagne pour le candidat démocrate au Sénat. « Bonjour ! Je fais du porte-à-porte, je distribue des informations sur le Dr Abdul El Sayed », salue-t-elle. On est dans un quartier plutôt populaire de Détroit, un quartier multiculturel. « Je vous souhaite une magnifique journée, merci beaucoup ! », lance-t-elle.
Ce résident était déjà convaincu, il votera bien pour Abdul El Sayed, épidémiologiste de formation, qui se présente pour la première fois à une élection. Barbara le note sur une application fournie par le parti, sur son téléphone, puis passe à la maison suivante. Cette militante de longue date fait partie du collectif Jewish voice for peace, « Une voix juive pour la paix ». « Sur mon t-shirt, il est écrit "Les femmes avec Abdul". Ici j’ai un pin’s pour dire d’aller voter, et là une broche "Les juifs et juives avec Abdul" », précise-t-elle.
Elle n’a pas hésité à soutenir le candidat démocrate. Car il défend une assurance santé de base pour tous, mais aussi la fin du soutien des États-Unis à Israël et à la guerre au Moyen-Orient. « Abdul El Sayed correspond à mes valeurs en tant que juive. […] Car il va défendre notre démocratie. Et refuser d’envoyer des milliards de dollars qui servent à tuer des gens dans des guerres illégales. Il va prendre soin des gens ici, de la santé, du logement, améliorer l’éducation », affirme-t-elle.
Une communauté de 130 000 personnes
La communauté juive du Michigan compte environ 130 000 personnes. Des électeurs qui d’habitude votent surtout démocrates, mais qui sont divisés cette année autour de la candidature d’Abdul El Sayed.
Le lendemain, quelques rues plus au nord dans le quartier d’Oak Park, nous sommes à la synagogue Kehillat Etz Chayim. Une synagogue orthodoxe moderne. Le rabbin, Asher Lopatin, barbe poivre et sel, nous reçoit. Il vote généralement démocrate. Mais il y a quelques semaines, dans une tribune, il a annoncé que son bulletin ira au républicain Mike Rogers. Voici pourquoi il ne veut pas voter pour Abdul El Sayed : « Je ne pense pas qu’il soit lui-même antisémite, mais je trouve qu’il n’a pas suffisamment dénoncé ni pris suffisamment ses distances vis-à-vis d’antisémites qui ont fait campagne avec lui », explique-t-il.
Référence notamment à un influenceur, avec qui Abdul El Sayed n’apparait plus mais qui avait relativisé les attentats terroristes du 7-Octobre en Israël. Le candidat démocrate est aussi critiqué pour n’avoir pas condamné assez fermement l’attaque contre une synagogue de Détroit, qui a fait un blessé en mars. « On a été traumatisés par cette attaque », ajoute-t-il.
Le principal groupe de pression pro-Israël aux États-Unis a dépensé 30 millions de dollars contre la candidature d’Abdul El Sayed, dès la primaire démocrate. Sa concurrente malheureuse, Haley Stevens, a annoncé ce dimanche, après des mois de tension, qu’elle soutiendra finalement le candidat républicain au Sénat.
À lire aussiMidterms aux États-Unis: la relation avec Israël n'a «jamais autant pesé» sur un scrutin- L’Alaska, 49ᵉ État des États-Unis, est historiquement considéré comme un bastion républicain. Cette année, pour les midterms du 3 novembre, le sénateur sortant Dan Sullivan est mis en difficulté par la démocrate Mary Peltola, qui est issue d’une communauté autochtone. Représentant 25 % de l’électorat en Alaska, les voix autochtones seront indispensables à la victoire ce 3 novembre.
De notre correspondante à Anchorage,
Dans cette salle d’exposition de la Convention annuelle de la Fédération des autochtones d’Alaska, on trouve des dizaines de stands tenus par des autochtones venus de tout l’Alaska. Mais entre les fourrures d’ours polaire et les gants en poils de loutre, il y a aussi des stands politiques. La priorité des organisateurs : inciter les Autochtones à voter. Devant une assemblée comble, la directrice de l’association Mobiliser les électeurs autochtones, Michelle Sparck, prend le micro : « Si mes quatre doigts représentaient tous les électeurs d’Alaska, nous serions un doigt entier. Voilà à quel point nous sommes importants. » Les Autochtones représentent un quart de la population, pourtant 11 % seulement ont voté à la présidentielle de 2024.
La pêche est au cœur de la campagne cette année. En Alaska, les saumons ont disparu de certaines rivières, alors qu’ils sont le principal moyen de subsistance des Autochtones. « Ma famille est originaire du fleuve Yukon, et la plupart d’entre nous avons quitté la région car il n’y a plus de poissons à cause de la surpêche, déplore Michael Nordahl, retraité. Du coup, nous ne pouvons plus conserver notre mode de vie. »
Le républicain Dan Sullivan, candidat à sa réélection au Sénat, sait bien que c'est une préoccupation majeure. Il en parle lors de son discours à la Convention. « Lorsque les saumons sont en bonne santé, nos communautés sont en bonne santé, clame-t-il. Renforcer le rôle des Autochtones d’Alaska dans la gestion de la pêche n’est pas seulement une priorité, c’est essentiel à la prospérité de la pêche et à la préservation de votre culture. »
À écouter dans Si loin, si procheVers l’Alaska, en terre amérindienne
Vers une élection historique ?
Le vote autochtone est ciblé aussi par son adversaire, la démocrate Mary Peltola, elle-même issue de la plus importante communauté d’Alaska, les Yup’ik. Lors d’une interview en public, elle insiste sur sa légitimité à représenter les autochtones. « Je me battrai toujours, toujours, pour que les voix de l’Alaska soient entendues, et notamment celles des Autochtones d’Alaska. Encore une fois, chers Autochtones d’Alaska, nous devons veiller à avoir notre place à la table des négociations, souligne-t-elle. Nous ne pouvons pas être exclus. Nous ne pouvons pas être ignorés. »
Elizabeth Church, maquillage traditionnel sur le visage, porte une affiche : « Votez pour Mary Peltola ». Elle est convaincue : « On adore Mary. Mary fait partie de nous. Mary est l’une des nôtres. Mary vient de là d’où on vient. Comment aurais-je pu ne pas la soutenir ? »
Pour Louise Donhauser, emmitouflée dans sa longue parka, les élections de Mary Peltola au Sénat et de Bill Hill à la Chambre des représentants seraient historiques : « Si Bill Hill et Mary Peltola sont élus, je pense que l'Alaska sera le seul État des États-Unis à envoyer deux représentants autochtones à Washington DC. »
En tout cas, les Autochtones se mobilisent. 443 votes ont été enregistrés à Anchorage le premier jour des votes par anticipation, le double de la fréquentation habituelle.
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