Trois semaines sans votre smartphone, en seriez-vous capables ? C’est le défi que viennent de relever plus de 70 000 élèves autrichiens. L’idée est partie d’un établissement de Gänserndorf, en Basse-Autriche, où un professeur de biologie, Fabian Scheck, avait lancé ce défi à ses élèves l’an passé. Ils viennent à nouveau de participer à l’expérience qui se fait cette fois à l’échelle de toute l’Autriche et qui vient tout juste de s’achever le 24 mars. RFI s’est rendu à Gänserndorf, dans une des classes de Fabian Scheck en plein milieu de ce défi.
De notre envoyée spéciale à Gänserndorf,
Dans cette classe de Vienne, une vingtaine d’élèves âgés de 10 et 11 ans participent à une expérience inédite : passer trois semaines sans smartphone. La plupart d’entre eux reconnaissent y passer au moins trois heures par jour. Anika, l’une des élèves, explique son utilisation : « Moi, j’utilise mon portable surtout pour communiquer et aussi quand je m’ennuie. WhatsApp, YouTube et aussi des jeux. »
Pour ces jeunes, ce défi représente un véritable challenge, mais Lina n’a pas hésité à s’y joindre, comme l’ensemble de ses camarades. « Je veux passer moins de temps sur mon téléphone, et je me suis dit que ce serait un bon début. J’aimerais avoir plus de temps pour d’autres choses et ne pas être tout le temps distraite par mon téléphone. Avant, par exemple, je regardais toujours des trucs sur mon téléphone avant de me coucher, mais là, ne plus le faire m’aide à dormir plus tôt et je sens que je suis moins fatiguée », confie-t-elle.
Des effets positifs
Fabian Scheck, leur professeur, les interroge sur leur ressenti après plusieurs jours d’expérience. « Cela me permet de trouver des nouveaux loisirs et de mieux réviser pour l’école », affirme une élève. Si les premiers jours sans téléphone ont été difficiles pour la plupart, avec parfois des symptômes de sevrage, les effets positifs se font déjà sentir. Amina et Öslim, deux amies de la classe, partagent leur expérience. « J’arrive mieux à me concentrer à l’école et à obtenir de meilleures notes. Et ça fait du bien parce que ça me permet de passer plus de temps avec ma famille ou mes amis », explique Amina. « Moi aussi, j’ai beaucoup plus de temps pour étudier et je ne remets plus les choses à plus tard. Quand j’ai quelque chose à faire, maintenant, je le fais tout de suite. J’aimerais bien continuer après à réduire le téléphone », ajoute Öslim.
Ce défi, auquel participent 72 000 élèves autrichiens, est également suivi par des scientifiques. Fabian Scheck, à l’origine de cette initiative, se réjouit de l’engouement qu’elle suscite. « Un mouvement s’est créé et cela permet de sensibiliser les gens à cette question. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes le font, mais je sais que, grâce à notre initiative, de nombreux parents se demandent désormais : "Est-ce que je ne pourrais pas moi aussi réduire un peu mon temps d’écran ?" Mais évidemment, ceux qui sont le plus vulnérables, ceux à qui cela fait le plus de mal, ce sont les jeunes, car leur cerveau est encore en train de se développer. Il est donc essentiel que nous en discutions, y compris avec les responsables politiques, en Autriche et dans l’Union européenne », souligne-t-il. À la fin de l’échange, ses élèves n’ont qu’un mot à lui adresser, en français dans le texte : « Merci ! »
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