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Le grand invité Afrique

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    Soudan: le gouverneur du Darfour, Minni Arko Minnawi, plaide pour la fin de la guerre et dénonce les interventions étrangères

    23.2.2026
    Minni Arko Minnawi, le gouverneur du Darfour au Soudan et chef du mouvement de libération du Soudan, faction Minnawi, est le grand invité Afrique de RFI. De passage à Paris, il revient dans cet entretien sur les derniers développements de la crise au Soudan, des interventions étrangères, des possibilités de retrouver la paix. Minni Arcou Minnawi invite les Émirats arabes unis à entrer en dialogue direct avec les autorités soudanaises.
    RFI : Quand la guerre prendra-t-elle fin ?
    Minni Arko Minnawi : J’aimerais qu’elle se termine aujourd’hui, mais cela ne peut pas se faire sans certaines mesures.
    Quelles sont ces mesures ?
    En réalité, de nombreux facteurs ont contribué à cette guerre, notamment le facteur extérieur, à savoir, les Émirats arabes unis, qui doivent se retirer du conflit, qu’ils cessent de gérer la guerre. Quant au facteur interne, il nous serait alors beaucoup plus facile de nous asseoir ensemble et de mettre fin à la guerre.
    Les autorités soudanaises ont, à plusieurs reprises, exprimé des réserves quant à la présence des Émirats arabes unis parmi les membres du Quartet composé également des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. Rejetez-vous leur présence au sein du Quartet ?
    Oui, nous rejetons leur présence au sein du Quartet, car les Émirats arabes unis sont censés jouer un rôle de médiation, de facilitateur. Or, ils sont eux-mêmes partie prenante au conflit ; comment peuvent-ils donc être à la fois juge et partie ?
    L'armée soudanaise a fréquemment accusé des pays voisins de collaborer avec les Émirats arabes unis pour acheminer du matériel militaire au Soudan destiné aux Forces de soutien rapide. Pouvez-vous identifier ces pays ?
    C’est assez clair, surtout en ce qui concerne des responsables en Libye, à l’est du pays, à Benghazi, plus précisément qui est sous contrôle émirien. Il y a le Tchad. Ce sont des pays que les Émirats instrumentalisent pour faire avancer leur projet de démantèlement du Soudan. Et malheureusement, ce projet de fractionnement s’étendra à l’Afrique.
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    Vous avez mentionné le Tchad parmi les pays impliqués dans l'envoi d'aide militaire aux FSR, mais il existe des divisions au Tchad à ce sujet, même au sein du palais présidentiel...
    La majorité du peuple tchadien, et pas seulement les proches du président Déby, s'oppose au financement de la guerre pour servir les intérêts des Émirats arabes unis et des Forces de soutien rapide, pour déstabiliser et démanteler le Soudan. Le Darfour est en quelque sorte, une extension du Tchad, socialement parlant, et le Tchad est l’extension du Darfour... Par conséquent, la majorité de la population tchadienne, notamment les proches du président, se considère comme faisant partie d'une même communauté élargie, s'étendant jusqu'à Khartoum. De ce fait, ils rejettent tous la politique de Mahamat Idriss Déby, politique qui a conduit à la destruction de villes entières, ainsi qu'à des massacres, des combats urbains, un génocide et un nettoyage ethnique. Je crois vraiment que la majorité du peuple tchadien rejette cette politique.
    Quel intérêt a le président tchadien à s’impliquer dans cette guerre ?
    Nous ignorons quel serait son intérêt, mais peut-être qu’il s’y est impliqué par manque d'expérience.
    Vous avez récemment accusé l’Éthiopie de s’ingérer également dans la guerre au Soudan ?
    Bien entendu, ces faits sont corroborés par d'autres sources, par d'autres pays, y compris des pays dotés de technologies et de capacités avancées ; il ne s'agit pas d'une accusation soudanaise. Toutefois, il est clair que de multiples attaques ont été perpétrées depuis l'Éthiopie par les milices des Forces de soutien rapide, ainsi que par le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, de Abdelaziz el Hilu, allié aux Forces de soutien rapide.
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    La prolongation de la durée de la guerre, bientôt trois ans, ne vous fait-elle pas craindre la division réelle du pays, qu’un État séparé ne soit annoncé au Darfour ?
    Bien sûr, les forces étrangères qui ont déclenché cette guerre et qui continuent à l'alimenter cherchaient à s'emparer de tout le Soudan. N'ayant pas atteint leurs objectifs, elles ont eu recours à la partition du pays, ou du moins, elles cherchent à conserver le Darfour et certaines régions du Kordofan. Mais cela est inacceptable pour le peuple soudanais. L'ensemble de la population soudanaise est aujourd'hui mobilisé, aux côtés des forces armées, des forces conjointes et d'autres encore. Tous sont sur le terrain pour rejeter ce projet, et c'est pourquoi il ne réussira pas.
    Appelez-vous les Émirats à un dialogue direct avec les autorités soudanaises ?
    Voilà ce qui est nécessaire : nous exigeons depuis longtemps que le rôle des Émirats arabes unis se limite à un dialogue bilatéral entre le Soudan et les Émirats, afin de discuter de réconciliation et d’un retour à des relations normales entre les deux pays. Notamment en matière d'échange de bénéfices et de partage de ressources. Nous refusons son ingérence, son soutien aux milices et aux crimes majeurs commis par les milices des Forces de soutien rapide, tels que le génocide et les crimes de guerre. Tout cela avec le soutien des Émirats arabes unis.
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    Mais que cherchent les Émirats en entrant avec force dans cette guerre ? Les richesses du pays ?
    Je ne sais pas. Si la richesse est ce qu’ils cherchent, ils ne l’auront que par le dialogue bilatéral. Il est parfaitement naturel que nous échangions des ressources. La richesse devrait être partagée par les voies officielles : le commerce, les avantages mutuels, les investissements bilatéraux, etc.  Il n'y a aucune raison pour qu'ils s’impliquent, pour que de tels crimes soient commis, et pour qu’ils se salissent les mains de sang. Nous ignorons les raisons de tout cela.
    Masaad Boulos, le conseiller américain pour l’Afrique mène des efforts pour mettre fin à la guerre, comment voyez-vous le rôle américain dans cette crise ?
    Le rôle américain est primordial. Il doit être officiel. Masaad Boulos a rencontré des responsables soudanais à plusieurs reprises, mais hors du Soudan. Nous espérons que tout plan proposé sera acceptable pour le gouvernement et le peuple soudanais, qui souffre actuellement des Forces de soutien rapide et de l'ingérence internationale.
    Le pouvoir soudanais acceptera-t-il un plan de paix comme celui proposé pour l’est de la RDC, en partageant les richesses du Soudan avec les États-Unis ?
    J'ignore quelle proposition sera présentée. Je préfère donc ne pas traverser la rivière avant d'avoir atteint le pont.
    Quel point important souhaitiez-vous ajouter à cet entretien ?
    Les Forces de soutien rapide (FSR) sont un véritable fléau. Chaque ville qu'elles ont occupée est devenue désormais une ville fantôme, désertée par ses habitants. Les FSR sont une catastrophe humaine et doivent être identifiées pour ce qu'elles sont réellement : une milice, une organisation terroriste. Les FSR continuent de tuer des civils, se procurant les armes et les drones les plus sophistiqués fournis par les Émirats arabes unis, qu'elles utilisent pour tuer des civils et détruire des villes. Par conséquent, il est de la responsabilité du gouvernement et de l'armée de mettre fin à la guerre en reprenant et en sécurisant les zones encore sous leur contrôle, afin de protéger les citoyens soudanais.
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    Migrants africains: «Ces personnes rencontrent une violence institutionnelle et psychique»

    21.2.2026
    Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d’autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l'Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l'hôpital Avicenne reçoit des migrants africains atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d'exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l'hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané. [Rediffusion]
    RFI : En 2018, vous sortiez un livre La voix de ceux qui crient (éd. Albin Michel) qui résume une décennie de consultations que vous avez menées avec des patients demandeurs d'asile, sans papiers, réfugiés, qu'on qualifie de façon un peu rapide comme « migrants ». Cette voix dans votre livre, que crie-t-elle exactement ?
    Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky : Vous avez dit une chose importante : la qualification rapide de « migrants », car on qualifie mal une population qu'on confond. Je m'occupe de personnes victimes de grandes violences telles que des viols, de la torture, des brutalités extrêmes. Et ces personnes arrivent dans un territoire où elles vont rencontrer souvent une violence institutionnelle et psychique, celle de débarquer en France. Elles vont rencontrer l'ère du soupçon institutionnel. Et ce qu'on écoute, c'est ce cri dû à une violence rencontrée au début du parcours, mais ensuite tout au long de la trajectoire migratoire. Et c'est avec ces personnes qu'on travaille comme cliniciens.
    Vous recevez beaucoup d'Africains, beaucoup d'Africaines, que vous racontent-ils en général et notez-vous des spécificités dans leur parcours comparé à des migrants hors d'Afrique ?
    Je crois qu'il y a une géographie de la violence et une géographie de la guerre. Et oui, même s’il y a la question psychologique et psychiatrique du traumatisme, on retrouve toujours des invariants qui sont ces manières de réagir à la violence psychiquement. Cette géographie de la guerre africaine, par exemple, et la violence africaine, elle peut être tout à fait particulière.
    Alors oui, nous recevons beaucoup de personnes africaines, hommes et femmes, car la migration, ça concerne pour moitié les femmes. Vous avez peut-être vu les derniers chiffres de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), sur les dix premiers pays à qui on a donné des titres de séjour en 2025, il y en a cinq africains : la Guinée, la RDC, la Somalie, l'Érythrée et le Soudan. Il y a évidemment les violences patriarcales, les violences intrafamiliales que fuient beaucoup de femmes.
    Elles viennent parce qu'elles ont fui la violence maritale ou l’excision. Donc on retrouve bien sûr ces géographies et on retrouve ensuite des particularités, disons, culturelles. Au départ, je suis anthropologue et c'est vrai que la question va se poser de manière un peu différente en fonction des lieux d’origine. Quand on a des personnes originaires d'Afghanistan ou d'Asie du Sud, les problématiques vont évidemment apparaître de manière différente. Et on a une très grande partie de notre population qui vient d'Afrique.
    Avez-vous des cas autres que ceux liés à la violence, à quelque chose que l'on fuirait du fait que sa vie soit directement en danger ?
    Tout à fait ! Il ne faut jamais oublier que les migrations ne sont pas toujours forcées. Elles ne sont pas toutes traumatiques, bien sûr, mais en partant « à l'aventure », terme qu'on entend souvent, les personnes vont découvrir que la trajectoire et l'arrivée sont bien plus violentes qu’imaginées. Vous avez une population qui arrive dans votre pays et qui, très vite, est mise en doute : pourquoi elle est là ? Est-ce de la migration économique ? Tout de suite, il y a cette question du soupçon dans la présence en France.
    Et puis de l'autre côté, tous les liens familiaux et personnels, ces loyautés qu’un migrant entretient avec sa famille et sa communauté. Car quand on part, on part pour réussir ! D'abord, on hypothèque beaucoup de choses, on ne voit plus sa famille pendant des années, on ne sait même pas si on la reverra. Si on la revoit, il faut avoir réussi avec un statut supérieur à celui d’auparavant. On a beaucoup de jeunes, par exemple, qui sont partis et qui galèrent. Je veux dire que l'expérience de la rue, elle existe pour beaucoup de ces personnes qui arrivent. Le temps de trouver un petit boulot, souvent dégradant, qui amène à la question du déclassement social, les diplômes quelquefois ne servent à rien... Ce problème de reconnaissance fait que la dignité est très atteinte et que les personnes qu'on rencontre vont vouloir protéger aussi leur famille en leur cachant cette vérité.
    Il y a un terme que vous avez utilisé tout à l'heure, « l'aventure ». Et effectivement, si on utilise généralement en Occident le qualificatif « migrant », en Afrique, notamment en Afrique de l'Ouest, on ne dit pas ce terme-là, on parle plutôt de gens qui partent à l'aventure. Voyez-vous également des aventuriers et des aventurières, dans le sens de plonger dans un inconnu absolu ?
    Là, il y a quelque chose chez ces personnes, il y a une grande force à continuer cette aventure, une projection vers le futur, un élan qui est souvent brisé par des obstacles mais qui est très fort. Notamment chez les jeunes.
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    Sommet de l’Union africaine: «Réduire le problème du Mali à la lutte contre le terrorisme, c'est se tromper»

    20.2.2026
    À l'issue de son 39e sommet, l'Union africaine a révélé sa nouvelle stratégie vis-à-vis des pays de l'Alliance des États du Sahel : tout en rappelant l'impératif du retour à l'ordre constitutionnel, priorité est clairement donnée au soutien à la lutte antiterroriste au Mali, Niger et Burkina Faso. Cette stratégie de l'Union africaine est-elle la bonne ? L’ancien ministre malien Housseini Amion Guindo, farouche opposant des militaires au pouvoir à Bamako, président du parti Codem et du mouvement Jigiya Kura, désormais dissous (comme toutes les organisations politiques du Mali) est le Grand invité Afrique de David Baché.
    RFI : L'Union africaine prône toujours le retour à l'ordre constitutionnel au Mali, au Niger et au Burkina, mais donne clairement la priorité, désormais, au soutien à la lutte antiterroriste de ces trois États. On ne sait pas encore comment. Est-ce que c'est une bonne stratégie ?
    Housseini Amion Guindo : L'Union africaine fait une très mauvaise appréciation des problèmes du Mali. Réduire, aujourd'hui, le problème du Mali à la lutte contre le terrorisme, c'est se tromper. Au Mali, nous avons un problème de dialogue national, nous avons un problème de rébellion séparatiste, des tensions intercommunautaires, des partis politiques qui sont dissous... Donc, le problème du Mali, il est global. Il ne peut pas être circonscrit à un problème de lutte contre le terrorisme. Je pense que ce discours de l'Union africaine contredit les principes mêmes de l'Union africaine : des principes de légitimité, d'ordre constitutionnel, de droits humains. C'est sur cette base que l'Union africaine a été constituée. Mais l'Union africaine n'est pas constituée pour lutter contre le terrorisme, pour soutenir des régimes qui essaient de vivre de ce terrorisme.
    Donc ce que vous dites, c'est que ces régimes qui, dans leur discours officiel, se maintiennent au pouvoir justement pour lutter contre les groupes terroristes, cette approche de l'Union africaine, ça les conforte d'une certaine manière ?
    Bien entendu. C'est pourquoi j'ai dit que l'Union africaine, par cette déclaration, trahit ses principes et apporte un soutien étrange. Il est important pour l'Union africaine de chercher d'abord à comprendre le problème malien en particulier, et celui du Sahel en général. Ce n'est pas seulement le terrorisme, il y a des questions de légitimité.
    Mais la réalité du terrain est visible. En dépit du discours officiel des régimes en place, la progression territoriale, le renforcement des groupes jihadistes sont indéniables et cela représente une menace aussi pour les pays voisins de l’AES, pour toute l'Afrique de l'Ouest. L’Union africaine doit bien le prendre en considération, non ?
    Mais bien entendu. C'est vrai qu’aujourd’hui, la situation s'est dégradée par les choix opérés par ceux qui ont fait le coup d'État au Mali. Mais il est évident que les problèmes du Mali se gèreront d'abord dans le cadre d'une entente entre Maliens, ensuite dans le cadre d'une entente entre le Mali et ses voisins. Je ne pense pas que la déclaration de l'Union africaine conforte même celle de la Cédéao.
    Cela dit, on a vu ce qu'a donné l'approche plus ferme de la Cédéao : une rupture totale avec les pays de l’AES. Est-ce que l'Union africaine n'a pas raison de chercher à maintenir des rapports avec le Mali, le Niger et le Burkina, pour ne pas abandonner les populations ?
    Effectivement, nous, nous sommes de l'Union africaine et le Mali est l'un des rares pays à écrire dans sa Constitution qu'il est prêt même à abandonner sa souveraineté pour réaliser l'unité africaine. Maintenant, de quel Mali s'agit-il ? Le Mali, c'est à travers ses représentants dûment mandatés par le peuple du Mali et non un Mali qui aujourd'hui est carrément hors Constitution, avec un coup d'Etat qui impose une dictature stérile pendant près de six ans au peuple malien.
    Alors qu'est-ce que vous attendez de l'Union africaine ?
    C'est vraiment d'aider le Mali à d'abord s'organiser pour désigner ses représentants. Permettre aux Maliens d'avoir une transition civile et un retour à l'ordre constitutionnel. C'est sur la base de ces principes que l'Union africaine a été créée, et non pour organiser des armées pour aller combattre le terrorisme.
    Vous êtes membre de la Coalition des forces pour la République, opposée au régime militaire en place au Mali. L’imam Dicko, figure de proue de la CFR, a renouvelé sur notre antenne, la semaine dernière, depuis Nouakchott, son appel à « dialoguer avant qu'il ne soit trop tard ». Concrètement, l'imam, vous, la CFR, vous proposez quoi à présent ?
    L'imam a été très sage. Il a dit en des termes très courts que la situation est intenable et que l'effondrement est plus que jamais d'actualité. 70 % à 80 % de nos campagnes payent la zakat et obéissent à l'ordre jihadiste, au Jnim ou autres jihadistes, l’EIGS. Il ne reste que les grandes villes qui, aujourd'hui, pratiquement toutes sont sous blocus. Donc est-ce que la logique, le tout militaire qui a été adopté par le CNSP actuellement au pouvoir…
    Les autorités militaires de transition en place au Mali...
    …et que l'Union africaine aujourd'hui se propose de soutenir. Est-ce que ce tout militaire a donné la solution ? Il faut que les autorités actuelles permettent un dialogue qui mettra en place une transition civile et retournent dans les casernes. Et c'est ça le rôle de l'Union africaine : de soutenir une dynamique interne.
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    Suspension des réseaux sociaux au Gabon: «Ce n'est pas une sanction»

    19.2.2026
    Le Gabon est toujours privé de réseaux sociaux. Mardi soir, la Haute autorité de communication a décidé de leur suspension « jusqu'à nouvel ordre ». « Atteinte à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale » : ce sont les quelques arguments avancés par la HAC pour justifier sa mesure, qui n'a pas manqué de faire réagir autant dans l'opposition que dans le monde de la presse et celui des milieux économiques. Pour expliquer cette décision prise sans préavis, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, répond à RFI. Il est le Grand Invité Afrique de Sidy Yansané.
    RFI : On va commencer par cette annonce surprise : la suspension immédiate des réseaux sociaux jusqu'à nouvel ordre. Pouvez-vous préciser ce qui pousse la Haute autorité de la communication (HAC) à prendre une mesure qu'on peut qualifier de radicale ?
    Théophane Nzame-Nze Biyoghe : Cette mesure s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion vieille de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, sur l'usage général qui est fait des réseaux sociaux. Ce n'est pas une sanction, c'est simplement un signal fort qui est envoyé pour poser ce débat et éventuellement envisager d'autres étapes, comme le fait de légiférer pour redéfinir l'usage des réseaux sociaux. Un usage qui ne doit pas compromettre l'œuvre perpétuelle de raffermissement du vivre-ensemble.
    Malgré tout, les arguments avancés par la HAC sont quand même très larges : on parle de déstabiliser les institutions de la République, de mettre en péril gravement l'unité nationale... Pour cette annonce sans préavis, quels sont les éléments dont dispose la HAC pour dire que le pays serait en danger à cause des seuls réseaux sociaux ?
    Je me demande si ce n'est pas un peu simplifier les choses que de dire que la HAC affirme que le pays est en danger à cause des réseaux sociaux. Mais en tout cas, les réseaux sociaux sont aujourd'hui un terrain qui permet de structurer un certain nombre de facteurs potentiellement déstabilisants.
    Lesquels ?
    Pour ce qui est de la désinformation, il y a parfois beaucoup d'information ou de désinformation. Il est question aujourd'hui de s'intéresser à cette question pour réguler davantage et faire en sorte que les réseaux sociaux permettent un débat beaucoup plus constructif, et non pas un débat qui vise à nuire à l'intérêt supérieur que nous avons à préserver, un minimum de cohésion sociale à notre niveau.
    Le Sommet de l'Union africaine s'est tenu ce week-end à Addis-Abeba. Le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a déclaré qu'il n'y aura aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Que répondez-vous notamment à l'Angolais João Lourenço, président sortant en exercice de l'UA, qui est allé plus loin en déplorant « le blanchiment des coups d'État grâce à des élections » ?
    Les constitutions sont d'abord faites pour servir l'intérêt des peuples. Les Gabonais n'en pouvaient plus de l'ancien régime, vraiment plus. Le cadre législatif et constitutionnel ne peut pas servir de prétexte à l'amenuisement des libertés des gens. L'intérêt du peuple en tout et pour tout doit primer. Et la situation était intenable au Gabon. Il y a donc eu ce coup « de libération » le 30 août 2023. Il ne s'agit pas de blanchir quoi que ce soit. Il s'agit simplement de dire que lorsque les textes servent à brider les populations, il y a nécessité à employer des voies qui ne sont pas forcément consacrées dans les textes, mais qui sont des voies qui finissent par être salutaires pour les peuples.
    Le chef de l'État, Brice Oligui Nguema, s'est félicité, il y a quelques jours, du retour des enseignants dans les salles de classe. Malgré tout, la grève perdure depuis deux mois. Où en sont les négociations concernant les revendications des enseignants ?
    Les négociations ont été menées durant plusieurs semaines dans un cadre qui a été activé très rapidement. Il y a eu une commission tripartite qui a été déployée pour encadrer ces négociations. Les négociations ont débouché sur l'adoption d'un certain nombre de points. Au terme de cela, une échéance a été fixée : celle du 25 février prochain, pour lesquelles l'État devra procéder à la régularisation des 4 000 situations administratives retenues pour le secteur de l'éducation, avec les effets soldes qui sont donc inhérents à cela.
    Le FMI annonce une visite au Gabon la semaine prochaine, dans un contexte d'explosion de la dette et du déficit au Gabon et aussi dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac). Chez nos collègues de France 24, vous précisiez d'ores et déjà qu'il n'y aura pas de politique d'austérité au Gabon…
    Il ne s'agit pas pour le FMI de modifier les priorités de notre politique économique, mais il s'agit de définir la meilleure méthodologie pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Donc, le projet est le même. Il est question de mettre à contribution le FMI pour apporter davantage de transparence dans la gestion des deniers publics, renforcer la gouvernance et envisager des lendemains meilleurs, et notamment aussi avoir beaucoup plus de facilité pour aller quérir des financements auprès d'autres bailleurs de fonds, puisque dans la stratégie d'endettement du Gabon, il y a un privilège qui est accordé aux partenaires multilatéraux pour nous prémunir des risques de fluctuations de taux. Mais en aucun cas, il n'y a de projet d'ajustement structurel comme cela a pu être le cas par le passé. Il n'y a pas d'austérité en vue. Pas du tout. La politique sociale du président de la République sera exécutée.
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    Guinée-Bissau: «Il faut choisir d’être du côté de la solution, crédible et inclusive»

    18.2.2026
    Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevé dimanche à Addis-Abeba. Parmi les nombreux dossiers abordés par les chefs d’État et de gouvernement réunis dans la capitale éthiopienne, celui de la Guinée-Bissau, après le coup d’État militaire du général Horta N’Tam le 26 novembre dernier. Patrice Trovoada, ex-Premier ministre de Sao Tomé-et-Principe, a été nommé le 23 janvier dernier envoyé spécial de l’UA pour la Guinée-Bissau. Il confie à RFI avoir prévu de se rendre à Bissau « dans les prochains jours », sans préciser de date. Ce sommet a bien sûr été pour lui l’occasion de mener, déjà, une série de discussions. Avec qui ? Comment juge-t-il le processus de transition en cours à Bissau ? Comment aborde-t-il sa mission ? Quid des doléances de l’opposition, qui estime s’être fait voler la victoire à la présidentielle de novembre dernier ? Patrice Trovoada, envoyé spécial de l’UA pour la Guinée-Bissau, est l’invité Afrique de RFI, au micro de l’envoyé spécial de RFI à Addis-Abeba, David Baché.
    RFI : Aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels : c'est la volonté affichée par l'Union africaine à l'issue de ce 39ᵉ sommet. Le message semble s'adresser, entre autres, à la Guinée-Bissau ?
    Patrice Trovoada : Oui, il y a eu cette déclaration du président João Lourenço. L’Union africaine, dans sa charte, refuse tout changement anticonstitutionnel. Cela peut être un coup d'État militaire, cela peut être d'autres tripatouillages de la Constitution pour lesquels l'Union africaine dit non.
    Le président guinéen Mamadi Doumbouya et le président gabonais Brice Oligui Nguema étaient dans la salle. On se dit que c'est peut-être une déclaration pour l'avenir ?
    Écoutez, chaque pays est un cas. Si la gouvernance piétine la Constitution, c'est aussi quelque chose que la charte de l'Union africaine réfute.
    Vous qui êtes envoyé spécial de l'Union africaine pour la Guinée-Bissau, est-ce que ça vous a conforté et encouragé dans votre mission ?
    La mission est très claire. C'est d'abord d'établir un contact non seulement avec les autorités de transition, mais avec tous les acteurs politiques, les institutions républicaines et la société civile. Il faut déjà créer un climat de confiance, qu’il y ait de la retenue et que les gens soient disposés à dialoguer politiquement pour que cette transition puisse déboucher sur le retour à une vie constitutionnelle normale, un État de droit, et que ça soit crédible et durable.
    À l'occasion de ce sommet de l'Union africaine, avec qui vous avez eu des rencontres constructives ?
    J'ai eu plusieurs rencontres. Celle qu'il y a lieu de signaler, c'est avec le président Julius Maada Bio, le président en exercice de la Cédéao. La rencontre a été très positive. Et bien sûr, j'ai eu à travailler avec le président de la Commission et son staff pour que nous puissions aider les Guinéens dans cette épreuve et qu'on ait un retour et une stabilité qui soit durable.
    Après leur coup d'État en novembre dernier, les militaires au pouvoir à Bissau ont déjà modifié la Constitution et fixé des élections pour décembre prochain. Est-ce que le processus de transition tel qu'il s'engage vous semble crédible ?
    Les autorités ont pris un certain nombre de décisions. Ce qui est important aujourd'hui, c'est que nous puissions établir un dialogue qui soit inclusif, pas seulement avec les autorités. Il faut un climat de confiance pour que nous puissions effectivement progresser. Ces décisions sont obligées, comme c'est normal, de contestation. Le fait d'avoir fixé une date pour des élections, c'est déjà bien. Maintenant, nous allons voir l'inclusivité et la possibilité parce que les élections, c'est quand même tout un processus. S'il y a un certain nombre de pas qui doivent être remplis avant d'aller vers les urnes, nous verrons avec les uns et les autres comment est-ce qu'on peut rassurer sur ce processus de transition.
    À écouter aussi«Il n'est pas acceptable que des auteurs de coup d'État soient élus démocratiquement»
    On entend votre volonté d'accompagner cette transition jusqu'à des élections crédibles, inclusives, y compris avec les partis d'opposition. Mais justement, l'opposition et la société civile souhaiteraient tout simplement qu'on proclame les résultats des élections qui ont déjà été organisées et qui ont déjà un vainqueur...
    C'est un point de vue qu'il faut prendre en considération. De l'autre côté, vous avez une autorité de transition qu'il faut aussi prendre en considération. Il va donc falloir progresser vers une sortie de crise acceptable par tous.
    Au-delà des acteurs politiques, est-ce que ça ne serait pas plus juste pour les citoyens bissau-guinéens qui se sont exprimés lors de ces élections de se conformer à leurs résultats ?
    Je crois qu'il faut être très humble dans ce genre de situation. Il y a une autorité de transition qui détient le pouvoir réel. Nous allons nous rapprocher d'elle et nous allons aussi, comme je vous l'ai dit, inclure dans nos contacts tout le monde. Il faut choisir d'être du côté de la solution crédible et inclusive.
    L'opposant Domingos Simoes Pereira a été convoqué par la justice militaire la semaine dernière. Cela vous inquiète-t-il ?
    Sur place, j'aurai l'occasion, du moins je l'espère, d'avoir de plus amples informations sur ce dossier-là. Je demanderai aussi à contacter les autorités judiciaires pour m'enquérir de ce qui se passe à ce niveau-là.
    L'opposition affirme que l’ex-président Umaro Sissoco Embaló a lui-même préparé l'arrivée des militaires pour empêcher Fernando Dias, qui revendique la victoire à la présidentielle, d'accéder au pouvoir. De son côté, l'ancien président est toujours en exil et demande des garanties de sécurité pour rentrer à Bissau. Aujourd'hui, avec un peu plus de deux mois de recul, était-ce un vrai ou un faux coup d'État ?
    Vous comprendrez facilement la délicatesse de cette mission. Nous allons travailler avec beaucoup de réalisme et ne lâcherons pas les principes et les convictions et la charte de l'Union africaine. Nous allons essayer d'amener tout ça à bon port.
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Über Le grand invité Afrique

Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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