1526 Episoden
- Imaginez la Tamise entièrement gelée, couverte de milliers de Londoniens, de boutiques, de jeux, de tavernes et même de feux sur lesquels on fait rôtir de la viande.
Pendant plusieurs siècles, ce spectacle incroyable s’est réellement produit à Londres.
Ces événements étaient appelés les Frost Fairs, littéralement les « foires du gel ».
Pour comprendre comment elles étaient possibles, il faut d’abord savoir que le climat européen était alors plus froid qu’aujourd’hui. Entre approximativement le XIVe et le XIXe siècle, l’Europe connaît une période appelée le Petit Âge glaciaire, marquée par des hivers parfois particulièrement rigoureux.
Mais le froid n’explique pas tout.
La Tamise elle-même était différente. Elle était plus large, moins profonde et son courant plus lent. Surtout, l’ancien London Bridge, construit au Moyen Âge, reposait sur de nombreux piliers et comportait 19 arches très étroites.
Lorsque des blocs de glace s’y accumulaient, ils pouvaient former une sorte de barrage. L’eau en amont ralentissait encore davantage, ce qui facilitait son gel.
Lors des hivers les plus froids, une véritable chaussée de glace se formait alors au cœur de Londres.
Les habitants ne tardaient pas à l’exploiter.
On installait sur la Tamise des échoppes vendant nourriture, café, bière, gin ou souvenirs. On pratiquait le patinage, le bowling, la luge et différents jeux. Des imprimeurs transportaient même leurs presses sur la glace afin de vendre aux visiteurs des feuilles portant la mention : « imprimé sur la Tamise ».
La plus célèbre Frost Fair eut lieu pendant l’hiver 1683-1684. La glace resta suffisamment solide pendant près de deux mois. On y vit des tavernes, des spectacles, des jeux et même des animaux rôtis au-dessus de feux allumés directement sur la glace. Le roi Charles II lui-même visita la foire.
La dernière grande Frost Fair eut lieu en 1814.
Pourquoi n’en voit-on plus ?
Parce que Londres transforma profondément son fleuve. En 1831, l'ancien London Bridge fut remplacé par un pont aux arches beaucoup plus larges. Puis la Tamise fut approfondie et ses berges aménagées.
Son courant devint plus rapide, rendant un gel complet beaucoup plus difficile. Parallèlement, les hivers extrêmement froids devinrent moins fréquents.
Les Frost Fairs disparurent donc définitivement.
Pendant quelques siècles pourtant, les Londoniens avaient réussi à transformer leur fleuve gelé en gigantesque fête foraine à ciel ouvert.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Le 21 février 1968, dans le quartier londonien de Kilburn, un homme est placé dans un cercueil, descendu dans une fosse puis recouvert de terre.
Mais Mick Meaney n’est pas mort.
Cet Irlandais d’une trentaine d’années vient volontairement de se faire enterrer vivant. Son objectif : rester sous terre plus longtemps que n’importe qui et devenir célèbre dans le monde entier.
À l’époque, les records d’endurance insolites connaissent un certain succès. Quelques hommes, surnommés parfois les « burial artists », ou « artistes de l’enterrement », se défient pour savoir qui supportera le plus longtemps l’enfermement sous terre.
Meaney pense avoir un avantage psychologique étonnant. Quelques années auparavant, alors qu’il travaillait comme ouvrier, il avait été enseveli accidentellement sous des gravats à la suite de l’effondrement d’un chantier. Il en était sorti vivant et estimait donc pouvoir supporter la claustrophobie mieux que d’autres.
Pour préparer son exploit, il s’entraîne même à dormir dans son futur cercueil.
Celui-ci est évidemment aménagé. Long d’environ 1,90 mètre et garni de mousse, il lui laisse un peu d’espace pour bouger. Deux conduits relient également son refuge souterrain à la surface. Ils permettent de faire circuler l’air, de lui apporter nourriture et boissons et de communiquer avec lui. Meaney se trouve à environ six pieds sous terre, soit près de deux mètres.
L’opération est aussi un formidable coup de publicité. Son promoteur, l’ancien homme fort Michael « Butty » Sugrue, organise même avant l’enterrement une sorte de dernier repas public devant la presse.
Pendant ce temps, une véritable compétition internationale s’engage. Des Américains tentent eux aussi de battre le record. L’un d’eux, Country Bill White, reste 55 jours sous terre.
Meaney tient plus longtemps.
Finalement, le 22 avril 1968, après exactement 61 jours, son cercueil est remonté. Lorsqu’il en sort vivant, journalistes et photographes l’attendent. Son exploit fait le tour du monde.
Meaney espérait que ce record lui apporterait gloire et fortune. On lui avait promis des contrats publicitaires et même une tournée internationale.
Mais ces rêves ne se réalisèrent jamais vraiment.
Et ironie suprême : son exploit ne fut même pas officiellement reconnu par le Guinness Book of Records, notamment parce qu’aucun arbitre officiel n’avait supervisé les 61 jours.
Mick Meaney avait donc passé deux mois enterré vivant pour entrer dans l’histoire…
sans jamais entrer officiellement dans le livre des records.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. Comment un parapluie a-t-il servi à assassiner un dissident en pleine guerre froide ?
15.09.2026 | 2 Min.Londres, 7 septembre 1978.
Georgi Markov, 49 ans, attend son bus près de Waterloo Bridge lorsqu’il ressent soudain une vive piqûre à l’arrière de la cuisse.
Il se retourne.
Derrière lui, un homme ramasse un parapluie tombé au sol, s’excuse avec un accent étranger, puis s’éloigne rapidement et monte dans un taxi.
Markov poursuit son chemin.
Mais quelques heures plus tard, il est pris d’une forte fièvre. Son état se dégrade brutalement. Hospitalisé, il souffre de vomissements, puis ses organes commencent à défaillir.
Quatre jours après l’étrange incident, Georgi Markov meurt.
Et l’autopsie va transformer cette mort mystérieuse en l’une des plus célèbres affaires d’espionnage de la guerre froide.
Les médecins découvrent dans sa cuisse une minuscule bille métallique d’environ 1,7 millimètre de diamètre. Elle est composée de platine et d’iridium et percée de minuscules cavités.
Les scientifiques britanniques concluent qu’elle a servi à introduire dans son organisme de la ricine, un poison extrêmement puissant.
L’arme aurait été un parapluie spécialement modifié, capable de propulser cette bille dans la peau à très courte distance.
Mais pourquoi tuer Markov ?
Parce qu’il est devenu l’un des ennemis les plus gênants du régime communiste bulgare.
Écrivain célèbre dans son pays, il a quitté la Bulgarie en 1969 et s’est installé à Londres. Il travaille notamment pour la BBC et Radio Free Europe, où ses émissions dénoncent avec virulence le régime du dirigeant Todor Jivkov.
Fait troublant : l’attentat a justement lieu le 7 septembre, jour de l’anniversaire de Jivkov.
L’enquête se tourne rapidement vers les services secrets bulgares.
Des années plus tard, d’anciens responsables du KGB, notamment Oleg Kalugin, affirmeront que les Bulgares avaient demandé l’aide de Moscou et que le KGB avait fourni la technologie, le poison et son expertise.
Un homme, l’agent Francesco Gullino, sera considéré comme un suspect majeur. Des documents montrent qu’il se trouvait à Londres à l’époque et travaillait pour les renseignements bulgares. Mais les preuves permettant de l’accuser formellement n’ont jamais été réunies.
Personne n’a donc jamais été condamné pour le meurtre de Georgi Markov.
Et cette affaire est restée dans l’histoire sous un nom presque trop parfait pour être réel : « le meurtre au parapluie bulgare ».
Une arme banale, une piqûre presque imperceptible… et l’un des assassinats les plus spectaculaires de toute la guerre froide.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.- Au IXᵉ siècle, Venise est encore une puissance montante. La ville cherche à affirmer son prestige face aux grands centres chrétiens de l’époque. Or, pour une cité médiévale, posséder les reliques d’un saint célèbre représente un immense avantage religieux… mais aussi politique.
Venise va donc s’offrir un saint prestigieux : l’évangéliste Marc.
Selon la tradition chrétienne, saint Marc aurait évangélisé Alexandrie, en Égypte, où il serait mort au Ier siècle. Ses reliques étaient conservées dans une église de la ville et faisaient l’objet d’un important culte.
Vers 828, deux marchands vénitiens, généralement appelés Buono de Malamocco et Rustico de Torcello, arrivent à Alexandrie.
D’après le récit vénitien, ils apprennent que l’église abritant les restes de Marc risque d’être endommagée et persuadent deux religieux qui en ont la garde de leur remettre le corps.
Mais ils ne disposent évidemment d’aucune autorisation des autorités locales.
Il faut donc sortir clandestinement les reliques d’Alexandrie.
C’est ici qu’intervient l’épisode le plus célèbre de l’histoire.
Les Vénitiens auraient placé le corps de saint Marc dans un panier, puis l’auraient recouvert de légumes et surtout de morceaux de porc.
Pourquoi ?
Parce que l’Égypte est alors sous domination musulmane et que le porc est considéré comme impur dans l’islam. Lorsque les contrôleurs inspectent la cargaison, les marchands leur auraient annoncé qu’elle contenait du porc. Selon la légende, les gardes auraient alors refusé d’y toucher, permettant aux Vénitiens de passer.
Le corps est embarqué et transporté jusqu’à Venise, où il est accueilli avec tous les honneurs par le doge.
Pour Venise, c’est un formidable coup politique.
Saint Marc devient progressivement le patron de la ville, remplaçant saint Théodore. Son symbole, le lion ailé, devient celui de la République de Venise.
Une première église est construite pour accueillir les reliques. Elle sera remplacée plus tard par l’actuelle basilique Saint-Marc, devenue l’un des monuments les plus célèbres de la ville.
Les Vénitiens ne présentent évidemment pas l’opération comme un vol. Ils parlent de « translation » des reliques et développent même une tradition selon laquelle saint Marc était destiné à reposer un jour à Venise.
Mais derrière le récit religieux apparaît une réalité très médiévale : les reliques étaient aussi des instruments de prestige et de pouvoir.
Et pour obtenir celles de saint Marc, Venise n’hésita pas à les faire sortir clandestinement d’Alexandrie.
Puis à transformer ce rapt en l’un des mythes fondateurs de la ville.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Au début du XIXe siècle, une femme règne pratiquement sur une partie de la mer de Chine méridionale.
À la tête de centaines de navires et de dizaines de milliers d’hommes, elle défie l’empereur de Chine, humilie sa marine et résiste même aux puissances européennes.
Son nom est aujourd’hui généralement transcrit Ching Shih, ce qui signifie simplement « veuve de Zheng ».
Ses origines restent mal connues. Elle serait née vers 1775 et aurait travaillé dans une maison close flottante de Canton avant d’épouser, en 1801, Zheng Yi, un puissant chef pirate.
Le couple va accomplir quelque chose d’extraordinaire : fédérer plusieurs groupes de pirates jusque-là rivaux.
Ils créent une immense confédération organisée en différentes flottes, reconnaissables à la couleur de leurs pavillons. La plus importante est la flotte du Drapeau rouge.
Mais en 1807, Zheng Yi meurt brutalement.
Ching Shih comprend immédiatement que son pouvoir est menacé. Dans cet univers extrêmement masculin et violent, elle doit empêcher les capitaines de reprendre leur indépendance.
Elle noue alors une alliance avec Zhang Bao, aussi appelé Cheung Po Tsai, le fils adoptif et ancien protégé de son mari, qui devient également son compagnon.
Lui commande les hommes. Elle dirige la confédération.
À son apogée, celle-ci aurait rassemblé plusieurs centaines de jonques et des dizaines de milliers de pirates.
Mais sa puissance repose surtout sur une organisation redoutable.
Un code disciplinaire extrêmement sévère encadre les équipages. Désobéir aux ordres, voler une partie du butin ou agir sans autorisation peut être puni de mort. Le partage des richesses est lui aussi strictement réglementé.
Cette discipline transforme une multitude de pirates en véritable puissance militaire.
Les navires de Ching Shih attaquent les bateaux marchands, imposent des taxes aux villages côtiers et contrôlent certaines routes commerciales. Les autorités chinoises tentent à plusieurs reprises de les éliminer.
Sans succès.
Des navires portugais et britanniques participent également aux affrontements contre les pirates.
Pourtant, Ching Shih comprend finalement que son empire ne pourra pas durer éternellement. En 1810, elle choisit donc de négocier avec les autorités Qing.
Et c’est là qu’elle réalise peut-être son plus grand exploit.
Elle obtient une amnistie particulièrement avantageuse. La plupart de ses hommes échappent aux poursuites, certains intègrent même les forces impériales, et elle conserve une grande partie de sa fortune.
Contrairement à tant de pirates célèbres, Ching Shih ne termine donc ni pendue ni tuée au combat.
Elle se retire à Canton, où elle aurait notamment dirigé une maison de jeux, avant de mourir en 1844, âgée d’environ 69 ans.
Après avoir défié un empire, Ching Shih réussit ainsi l’exploit ultime pour une pirate : prendre sa retraite.
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