C dans l'air du 15 mai 2026 - Pouvoir d'achat : au secours, la crise revient !
Avec l’envolée des prix depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, et un plein toujours plus cher, les Français changent leurs habitudes et consomment moins. Ils utilisent moins leur voiture quand ils le peuvent, privilégient davantage les transports collectifs, le covoiturage, le télétravail ou encore le bus et le train. Résultat : la consommation de carburant a chuté de 30 % sur les dix premiers jours du mois de mai. Une baisse spectaculaire.
Or, comme plus de la moitié du prix des carburants correspond à des taxes — TVA et TICPE notamment — vendre moins de carburant signifie automatiquement moins de recettes pour les finances publiques. Sébastien Lecornu a annoncé une chute d’environ 300 millions d’euros.
Et si, en ce week-end de l’Ascension, les Français ont été nombreux à prendre la voiture pour partir quatre jours, ils ont fait le choix d’aller moins loin que d’habitude. Un comportement que l’on retrouve aussi chez nos voisins européens, au grand dam des professionnels du tourisme.
Au-delà de ce secteur, les voyants de l’économie française dans son ensemble commencent à passer au rouge. La croissance française est à l’arrêt. L’activité économique a stagné au premier trimestre, plombée par une consommation en berne, et la banque centrale n’a pas fait de prévisions chiffrées pour le second trimestre.
Les faillites d’entreprises ont frôlé la barre symbolique des 70 000 en mars dernier, selon des données de la Banque de France, et, pour le cinquième trimestre consécutif, le chômage augmente. Il atteint 8,1 %, son plus haut niveau en cinq ans. Ainsi, un peu plus de 21 % des jeunes actifs français n’ont pas de travail, l’un des plus mauvais résultats en Europe.
Parallèlement, seuls 60 % des actifs de 55 ans et plus ont un emploi, un taux toujours nettement inférieur à la moyenne européenne. Les seniors restent aussi bien plus longtemps au chômage que leurs voisins européens.
Alors que les nuages s’amoncellent sur l’économie, le Premier ministre continue de miser sur des aides ciblées et modulables, mais la pression augmente. Selon une étude d’Ipsos BVA publiée fin avril, 74 % des automobilistes disent avoir réduit leurs déplacements depuis le début du conflit et 63 % des Français affirment que les aides du gouvernement ne sont « pas adaptées au regard de la situation des populations les plus précaires ».
Le décret sur les modalités de l’indemnité carburant pour « les travailleurs modestes grands rouleurs » vient d’être publié et un nouveau dispositif est attendu pour le début du mois de juin. Le gouvernement planche depuis plusieurs semaines sur de nouvelles annonces pour soutenir le pouvoir d’achat des Français, alors que les bénéfices des géants pétroliers relancent la question d’une taxation des « superprofits ».
Nos experts :
- Gaëlle MACKE - Directrice déléguée de la rédaction de Challenges
- Caroline MICHEL-AGUIRRE - Grand reporter au Nouvel Obs
- Patrice GEOFFRON - Professeur d’économie – Paris Dauphine, directeur du centre de géopolitique de l’énergie
- Gaël SLIMAN - Président et cofondateur - Institut de sondages Odoxa