C dans l'air du 11 avril 2026 - Négociations avec l'Iran : Trump peut-il tout perdre ?
Négociations à haut risque à Islamabad. Les délégations américaines et iraniennes sont arrivées dans la capitale pakistanaise vendredi soir, pour l’Iran, et samedi matin, pour les Etats-Unis, en vue de négocier un accord de paix 42 jours après le début de la guerre. D’un côté, l’influent président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, accompagné du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi. De l’autre, pas de Donald Trump, mais JD Vance, le vice-président des Etats-Unis, accompagné de Steve Witkoff et de Jared Kushner – gendre de Donald Trump. Ces pourparlers seront une étape « encore plus difficile » que de s’accorder sur une trêve temporaire, a prévenu le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif. Au programme : un cessez-le-feu, la réouverture du détroit d’Ormuz, dont le président américain a fait sa priorité, les frappes israéliennes au Liban, ou encore la question des stocks d’uranium enrichis détenus par le régime iranien. Autant de sujets de hautement inflammables. Dans un entretien au New-York Post, Donald Trump a pris les devants et prévenu que l’armée américaine se préparait à mener de nouvelles frappes sur l’Iran en cas d’échec des négociations. Concernant le Liban, où le Hezbollah et Israël continuent d’échanger des tirs, des discussions auront lieu mardi à Washington.
Si Donald Trump n’est pas au Pakistan ce week-end, c’est parce que les Iraniens ont spécifiquement demandé à parler à JD Vance. Le vice-président américain, ancien marine déployé en Irak, a toujours défendu le non-interventionnisme dans les conflits extérieurs. Parmi les proches du président, il fait partie des rares à avoir montré son scepticisme quant aux frappes sur l’Iran. Celui à qui on prête des ambitions présidentielles joue donc gros à Islamabad, d’autant plus que l’inflation a bondit à 3,3 % en un an et pourrait coûter cher au camp républicain lors des élections de mi-mandat en novembre.
Si la présence de Steve Witkoff, envoyé spécial du président pour le Moyen-Orient semble justifiée, celle de son gendre Jared Kushner est plus énigmatique. L’homme d’affaires de 45 ans n’avait aucune expérience politique ni diplomatique avant de s’engager au côté de Trump en 2017. « Au lieu de déployer des représentants expérimentés, il a envoyé deux promoteurs immobiliers proches de lui », a raillé l’ex ministre des affaires étrangères de l’Iran, Javad Zarif, dans une tribune publiée par la revue Foreign Affairs. Terres rares en Ukraine, riviera à Gaza… beaucoup suspectent le clan Trump de profiter des opérations extérieures américaines pour faire des investissements privés. Selon Bloomberg, le fonds d’investissement de Jared Kushner, Affinity Partners, qui travaille principalement avec les pays du Golfe a ainsi vu ses actifs augmenter de près de 30 % en 2025, à 6,2 milliards de dollars (5,3 milliards d’euros).
Que peut-on attendre des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis à Islamabad ? L’opération israélienne au Liban peut-elle compromettre ces efforts diplomatiques ? Pourquoi JD Vance joue-t-il son avenir politique à travers ces pourparlers ? Et l’empire Trump s’est-il enrichi grâce aux opérations extérieures américaines ?
Nos experts :
- Isabelle LASSERRE - Journaliste, correspondante diplomatique - Le Figaro
- Alexandra SCHWARTZBROD - Directrice adjointe de la rédaction et spécialiste du Moyen-Orient - Libération
- David RIGOULET-ROZE - Chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), chercheur associé à l’EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orient stratégique
- Corentin SELLIN - Professeur d’histoire et chroniqueur de politique américaine au site Les Jours